Make golf sexy (again) Ohne je ein grosses Turnier gewonnen zu haben, zählt Paige ­Spiranac zu den berühmtesten ­Figuren des ­Golfsports. Ihr Aufstieg ist ein Lehrstück über digitale ­Aufmerksamkeit – und ihren Preis.
News ➝ FORE – MAGAZINE SUISSE DE GOLF  ·  2026-03-11 12:33:37  ·  Nina Treml

Make golf sexy (again)

Sans avoir jamais remporté de grand tournoi, Paige ­Spiranac est l’une des figures les plus connues du golf. Son ascension est une leçon sur l’attention numérique – et son prix.

Il ne faut pas beaucoup de connaissances préalables pour se forger une opinion sur Paige Spiranac. D’un côté, il y a ses modestes mérites sportifs. De l’autre, une multitude de photos et de vidéos dans lesquelles les tutoriels de golf, les trick shots et les conseils sur l’équipement passent au second plan derrière son décolleté, ses poses et ses provocations. Elle touche ainsi quatre millions de personnes sur Instagram, auxquelles s’ajoutent d’importantes communautés sur YouTube, TikTok et X. Le sexe fait vendre, conclut-on, et dans le contexte conservateur du golf, cette situation est soit problématique, soit divertissant (ou les deux, en rejetant ostensiblement l’étalage de ses charmes féminins tout en y revenant sans cesse et en le rendant partie intégrante de son image.)

Quoi qu’il en soit, l’Américaine de 32 ans est difficile à ignorer, car elle montre de manière impressionnante comment la pertinence est aujourd’hui définie par les canaux numériques. Tiger Woods, la plus grande icône de l’histoire moderne du golf, est devancé par elle avec environ 3,7 millions de followers sur Instagram. Scottie Scheffler, qui domine le PGA Tour, Jeeno Thitikul, numéro un mondial, et Nelly Korda, star du golf, ne parviennent pas à égaler le nombre d’abonnés de Spiranac à elles deux. Cela ne dit toutefois pas grand-chose de la valeur sportive de ses contenus. Mais un grand nombre de followers est synonyme de pouvoir, et le pouvoir peut être monétisé. Paige Spiranac a conclu des contrats avec PXG, 18Birdies, Shot Scope et Lululemon, entre autres. Les revenus estimés des publications sponsorisées sur Instagram s’élevaient en 2025 à environ 10 698 dollars américains par publication, soit 2,6 fois plus que pour Scottie Scheffler.

Une célébrité malgré elle

Son rayonnement dépasse depuis longtemps le cadre du golf et des réseaux sociaux. En 2018 et 2024, elle a posé pour le nu­méro spécial maillots de bain de Sports Illustrated, et en 2022, le magazine Maxim l’a élue «femme la plus sexy du monde» – une première pour une sportive. Même la presse people germanophone consacre régulièrement des titres à la blonde, tels que «La starlette du golf dévoile tout sur sa poitrine» ou «La mannequin de golf Paige Spiranac montre un coin de sa culotte». Et ce n’est pas comme si son image favorisait une couverture médiatique qui irait au-delà de son physique. Mais en y regardant de plus près, son histoire pourrait tout à fait être racontée autrement, par exemple comme celle d’une Cendrillon moderne, victime de harcèlement devenue star enviée.

Paige Renee Spiranac est née le 26 mars 1993 à Wheat Ridge, dans le Colorado, fille d’un ancien footballeur et d’une ballerine professionnelle. Dès son enfance, elle se révèle très douée pour la gymnastique ce qui pousse ses parents à l’orienter vers une carrière dans cette discipline. L’objectif, qui semble tout à fait réalisable, était de participer aux Jeux olympiques. Mais la petite Paige était timide et maladroite en société. «Je portais des lunettes et toujours des bottes en caoutchouc, j’étais atteinte d’une maladie qui me faisait perdre mes cheveux et j’étais as­thmatique. Quand on est chauve et qu’on a besoin d’un inhalateur, la vie n’est pas facile», raconte-t-elle plus tard à Golf Digest. Les autres enfants la tenaient à distance, lui jetaient des pierres et crachaient dans sa boisson. Puis, elle s'est gravement blesse au genou et son rêve olympique est envole.

«Tout ce que je voulais, c’était devenir sportive professionnelle», explique Spiranac. «Pourquoi pas le golf?», lui suggère un psychologue du sport. C’est à l’âge de 13 ans qu’elle se passionne effectivement pour ce sport. Sa famille déménage alors en Arizona afin qu’elle puisse s’entraîner toute l’année. Elle enchaîne les victoires en tournoi, décroche une bourse pour l’université d’Arizona, puis un transfert à l’université d’État de San Diego, où elle mène son équipe au titre de la Mountain West Conference en tant que capitaine. Mais son anxiété sociale ne disparaît jamais. Adolescente, elle prend des antidépresseurs, ne quitte presque plus son appartement et développe un trouble alimentaire. Chaque erreur sur le terrain de golf la touche personnellement. «Cela influençait la façon dont elle se percevait en tant que personne», se souvient sa mère.

Parallèlement, Spiranac ouvre un compte Instagram pour documenter son quotidien de golfeuse à l’université. Il reste longtemps ignoré, jusqu’à ce qu’en 2015, le blogueur Dan Regester remarque son physique, republie ses photos et que le nombre de ses followers explose en 24 heures, passant de 500 à plus de 100 000. Pendant une séance d’entraînement, elle est submergée par un flot de messages, dont beaucoup sont haineux. On lui reproche d’être un mauvais exemple avec ses vêtements moulants et de ruiner le jeu. Paige s’effondre.

Der Tiefpunkt kommt 2015 mit einer Einladung zu einem Turnier der Ladies European Tour in Dubai. «Von Anfang an gab es eine massive Kontroverse», berichtet Spiranac im Podcast Quiet Please. Man munkelt, sie habe die Turniereinladung über sexuelle Gefälligkeiten erhalten, Legenden des Spiels diskutieren öffentlich, ob sie überhaupt dazugehöre. Ohne Medienerfahrung, unter enormem Druck, versagt sie sportlich und landet auf Platz 101 von 107. «Das war der schlimmste Moment meines Lebens», sagt sie. Gleichzeiti
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Le point culminant est atteint en 2015, lorsqu’elle est invitée à participer à un tournoi du Ladies European Tour à Dubaï. «Dès le début, cela a suscité une énorme controverse», rapporte Spiranac dans le podcast Quiet Please. La rumeur court qu’elle aurait obtenu cette invitation en échange de faveurs sexuelles et les légendes du golf discutent publiquement de sa légitimité de participation. Sans expérience médiatique et soumise à une pression énorme, elle échoue sur le plan sportif et se classe 101e sur 107. «Ce fut le pire moment de ma vie», confie-t-elle. Dans le même temps, le tournoi bénéficie d’une attention sans précédent: environ 500 millions d’impressions sur les réseaux sociaux et la plus forte audience télévisée de l’histoire du LET. Une célébrité malgré elle est née.

De victime de harcèlement à star

En 2016, elle remporte le Cactus Tour face à l’ancienne numéro
un mondiale amateur. Mais elle échoue à se qualifier pour le LPGA Tour, met fin à sa carrière professionnelle et sombre dans la dépression. En thérapie, elle surmonte son sentiment de ne pas être assez bonne et commence à s’accepter telle qu’elle est. «Je me suis dit: tant pis, je vais changer ma mentalité.» En mars 2021, elle publie une photo d’elle vêtue d’une veste ouverte couleur vert Masters, sans soutien-gorge. Elle y ajoute la capture d’écran d’un message: «Personne ne te prendra jamais au sérieux si tu continues à publier des photos avec un décolleté.» Elle vend des serviettes avec cette image – «à acheter ou pour que les haters essuient leurs larmes». Cette action lui rapporte 338 000 likes, 11 000 commentaires et 100 000 dollars. Pour la première fois, elle monétise son image.

À ce stade, le conte de fées bascule dans un autre récit: celui de la femme qui s’est faite toute seule. Spiranac commence à se construire une image précise, disciplinée, avec un contrôle quasi total sur son travail. Elle développe une «obsession athlétique» en utilisant des algorithmes, et se préoccupe sans cesse des heures de publication, des formats, des couleurs, des longueurs et des logiques de conversion. L’audience devient un revenu et Spiranac une entreprise médiatique dont le fonctionnement suit des routines bien définies: publications quotidiennes, entraînement, gestion de la communauté et modération des commentaires haineux. À partir de 2020, s’ajoutent à cela un podcast intitulé Playing a Round, puis, à partir de 2023, OnlyPaige, un service d’abonnement payant inspiré d’OnlyFans – «mais sans tétons», comme elle le souligne. Sa fortune dépasse les trois millions de dollars américains.

L’ambivalence délibérée de son personnage est essentielle à sa réussite. Son élocution enfantine, ses rires fréquents et son style vestimentaire flashy contrastent avec ses solides connaissances en golf et ses années de pratique sportive. La popularité de Spiranac ne repose pas uniquement sur son sex-appeal, mais aussi sur son utilisation exagérée: la sensualité rencontre l’humour, la provocation rencontre la technique, l’analyse rencontre l’autodérision. «People come for the tits and stay for the tips», tel est son slogan. Elle poursuit toutefois un objectif sérieux: ouvrir et moderniser le golf et s’engager résolument contre le sexisme et le cyberharcèlement, en s’appuyant sur sa propre expérience. Haine, critiques, jalousie et sexisme: Spiranac semble considérer tout cela comme faisant partie de son métier. «Si quelqu’un est dérangé par mon corps, c’est son problème», dit-elle avec assurance. Elle ne commet aucun acte illégal, ne cause aucun dommage. «Mon contenu», affirme-t-elle, «est avant tout destiné à divertir».

Le prix de la visibilité

Début 2026, après plusieurs semaines d’absence, elle s’adresse à ses 466 000 abonnés YouTube dans une «Vidéo Q&A» et arbore une nouvelle frange, semblant désabusée. À part quelques moments forts, 2025 n’a pas été une bonne année pour elle. Si elle a certes participé à la troisième saison de la série documentaire Full Swing sur Netflix et a fait une apparition remarquée dans Happy Gilmore 2, elle a également connu des revers personnels: la mort de son chien et les répercussions d’un scandale de fraude.

Lors de l’Internet Invitational, un tournoi réunissant des influenceurs du golf doté d’un prix d’un million de dollars, Spiranac marche sur l’herbe haute à proximité immédiate de la balle pour la lisser, un geste insignifiant que l’équipe adverse considère comme de la tricherie. Spiranac reconnaît son erreur, mais affirme en pleurs qu’elle ignorait que cela constituait une infraction aux règles. Après la diffusion de la vidéo sur les réseaux sociaux, Spiranac est qualifiée de tricheuse et reçoit des dizaines de milliers de menaces de mort par message privé et dans les commentaires. Elle parle elle-même de «la pire haine que j’ai jamais connue en dix ans de carrière».

Elle se sent profondément incomprise. Selon elle, sa personna­lité en ligne et son image de marque sont très polarisantes, et elle est souvent réduite à une image qui n’a pas grand-chose à voir avec sa personnalité dans la vrai vie. Ce malentendu a donné un besoin constant de s’expliquer, ce qui alimente à son tour le reproche qu’on lui fait de jouer le rôle de victime. «Bien sûr, je sais qui je suis», dit-elle. «Mais quand on poste une vidéo de dix secondes au ralenti d’un swing de golf, les gens ne savent pas qui on est.» Elle laisse entendre qu’elle souhaite résorber cette divergence.

Elle déclare également à Sports Illustrated qu’elle souhaite «retrouver le plaisir d’être créative» en 2026. Dans un article en ligne, elle annonce un «swing change», c’est-à-dire la correction de son mouvement trop précoce du poignet, afin de gagner en constance et en puissance. Tout porte à croire qu’à l’avenir, elle ne laissera plus son public se forger une opinion aussi facilement. Reste à savoir si le public est prêt à percevoir une autre Paige derrière l’image habituelle.

Photos by Getty Images